— A titre de souvenirs… Pour moi seule. Je suis confuse que M. Dautheray vous ait fait perdre du temps à les parcourir…

— Dites à les lire, madame… et même à les lire avec un réel plaisir…

Saisie, elle le contemple, presque incrédule. Le grand critique est sans doute doublé d’un homme du monde très courtois. Il s’aperçoit de cette impression et son masque sévère se détend sous une expression un peu narquoise.

— Vous ne me croyez pas ? madame. Pourtant, je vous dis la très exacte vérité. Dautheray m’a apporté vos études. Je les ai ouvertes… pour lui être agréable… Et aussi parce qu’il m’en avait dit des choses qui avaient mis mon attention en éveil… Quand j’ai eu commencé, j’ai lu jusqu’au dernier feuillet, pour mon agrément personnel.

— Tant mieux ! Oh ! tant mieux ! fait-elle avec un sourire si lumineux, que les yeux et le cœur du grave critique en sont réjouis. Et il continue avec une sincérité d’accent qu’elle ne peut méconnaître :

— Ils m’ont plu. D’abord parce que la langue en est pure. Sur ce point, je suis intraitable. Ensuite, parce qu’ils ont une note personnelle. Vous y êtes très féminine… — cela sans mièvrerie, — voire sourdement passionnée. Je vous demande pardon, madame, de ce semblant d’indiscrétion. Je me place à un point de vue tout littéraire… Et en même temps qu’un sens étonnamment aiguisé de l’humour, vous avez une pensée qui réfléchit, comme le ferait un cerveau d’homme… Vous avez dû subir le contact prolongé d’intelligences masculines, qui étaient de qualité supérieure…

— J’ai travaillé avec mon père, un bibliophile fervent… J’ai toujours eu des professeurs hommes et, maintenant, je suis secrétaire du professeur Barcane.

— Barcane ? de l’Institut ?… le père de Raymond Barcane ?

— Oui…

— Évidemment, vous ne pouvez que gagner au commerce d’une forte intelligence comme la sienne. Mais, pour en revenir à vous, madame, que comptez-vous faire de vos Croquis américains ? Songez-vous à les utiliser ?