— Quel excellent ami vous êtes, Jean. Mais avant d’être présentée à votre critique, il faut, tout au moins, que j’aille saluer votre mère. Je n’ai pu encore la joindre. Ah ! je l’aperçois… A tout à l’heure, Jean.
Plus que jamais, Mme Dautheray ressemble à un Nattier ; ses cheveux de soie blanche ondulent relevés autour du visage étonnamment frais, où les yeux noirs étincellent ; les lèvres sont pourpres, éclairées par le sourire qui semble devoir rester éternellement jeune.
Elle accueille Hélène avec un bonjour amical, mais hâtif, et la confie à son frère qui pontifie, aimablement. Comme elle ne la lui a pas nommée, il se demande incontinent : « Quelle est donc cette charmante petite femme que je ne connais pas ? »
Puis une lueur se fait dans sa cervelle.
— Mais, ma parole, c’est Hélène Heurtal ! Comme la gamine sauvage s’est transformée !
Et il s’empresse aussitôt pour lui trouver une bonne place, tout comme si elle était une dame d’importance. Même il reste un moment près d’elle, à lui nommer les femmes les plus en vue de la réunion.
Mais il est obligé bientôt de la quitter ; car, à son tour, la chanteuse va se faire entendre ; et c’est au bruit des applaudissements qui célèbrent son talent que, quelques instants plus tard, Jean reparaît devant Hélène, accompagnant un monsieur d’âge, long, maigre, la bouche plutôt sévère, le regard incisif sous les sourcils en broussaille, dont la couleur d’encre heurte le gris des cheveux et de la barbe.
— Hélène, voulez-vous me permettre de vous présenter notre grand critique, Charles Dubore, qui a lu vos notes sur la vie américaine.
De nouveau, une flamme monte aux joues d’Hélène, comme chaque fois qu’il est question de ses humbles essais littéraires. Jean, appelé par ses devoirs de maître de maison, les a déjà quittés.
— Madame, mon jeune ami Dautheray m’a, en effet, communiqué quelques pages que vous avez écrites sur la vie d’outre-mer.