Qui Jean a-t-il choisi comme danseuse ?
Les yeux d’Hélène cherchent ; et dans la foule des groupes qu’entraîne la grisante musique des tziganes, elle voit émerger la haute stature de Jean. Tout près de son visage, une tête brune qu’il domine, vers laquelle il se penche un peu… Tout de suite, en premier, il est allé à Sabine de Champtereux.
Quel joli couple, ils forment ! et quelle harmonie dans leurs mouvements ; si naturellement dociles au rythme des sons, qu’à l’encontre de la plupart des autres danseurs, ils peuvent causer ainsi qu’en une simple promenade cadencée… Et ils causent !…
Leurs personnalités morales ont-elles rencontré le même unisson ?
Très nette, Hélène a conscience qu’elle en doute !
Que Jean épouse Sabine de Champtereux, certes, il trouvera en elle l’amoureuse que trahit le regard, inconsciemment prometteur, le sourire de la belle bouche sensuelle faite pour le baiser. Mais quel mélange, sur ce visage, de volonté, d’amertume dédaigneuse et passionnée !
Sûrement aussi, elle sera la mondaine de haute allure dont un mari peut être fier… Et jaloux également. Car elle se révèle femme à vouloir goûter l’encens dû à sa beauté.
Or, jamais Jean n’acceptera le rôle de « mari de la reine ». Et puis, sous son apparence légère et gamine, c’est un tendre. Et à sa femme, il ne demandera pas seulement le plaisir violent qui laisse un goût de cendre…
Hélène songe… songe… L’orchestre, un instant, s’est tu, sans même, qu’elle s’en aperçoive ; puis, a repris une danse nouvelle. Et voici que, encore une fois, elle voit passer Jean. C’est Madeleine de Serves que son bras enveloppe. Elle se laisse conduire, naïve et radieuse ; très correcte toujours, presque timide. Lui ne parle pas. La conversation ne le tente plus, avec cette enfant qu’il ignore…
— Comme vous êtes absorbée dans les délices de la contemplation madame. J’ose à peine vous en arracher pour vous présenter mes hommages…