— Oui, j’ai eu cette audace ! dit-elle rieuse ; vous m’avez mise en goût ; et j’ai découvert que ce travail, nouveau pour moi, était passionnant !
Il la regarde, curieux, et retombe sous le charme ; mais un charme où il entre le minimum d’alliage.
— Savez-vous, madame, que vous me donnez un très vif désir de connaître votre essai, comme vous dites. Cela vous ennuierait de me le montrer ?
— Cela, surtout, m’intimiderait extrêmement ! Mon œuvre ne vaudrait pas, à coup sûr, les instants que vous perdriez à me lire. D’ailleurs, ma pièce…
Elle prononce le mot avec une emphase moqueuse.
— … ma pièce n’est que commencée, parce que j’ai beaucoup d’autres choses à faire, plus importantes que mes élucubrations d’auteur dramatique (!) auxquelles je ne puis accorder que de rares loisirs… Mais je ne m’imaginais pas quel plaisir intense, c’est de donner la vie à des enfants nés du cerveau !
— Ah ! ah ! vous voilà séduite par la fièvre créatrice ! réplique-t-il de sa voix mordante. Je ne serais pas du tout étonné que vos bonshommes se tiennent très bien debout !… Peut-être, vous êtes douée pour le théâtre… Que sait-on jamais !… Quand vous aurez fini votre œuvre, il faudra, en toute simplicité, me la communiquer… D’autant que, pour ma part aussi, j’ai été tenté par le sujet en question… Je serais curieux de voir ce que vous en avez tiré… De nos idées communes ou combinées, il pourrait peut-être sortir une pièce en collaboration !…
Évidemment, si Hélène était laide ou vieille — même très intelligente ! — jamais de semblables paroles ne seraient venues aux lèvres ou à la pensée de Raymond Barcane. Elle le regarde, stupéfaite.
— Vous vous jouez de moi !… Ce n’est pas très galant !
— Mais pas du tout !… Je vous adresse une proposition.