« Oh ! Hélène, que je m’ennuierais vite près d’elle !
« Nicole est autrement drôle, avec son parler pittoresque. Nous sommes tout à fait bons amis. Elle m’appelle familièrement : « Mon petit Jean », et a, tout de suite, exigé que, en retour, je lui donne du « Nicole » sans aucune cérémonie. Nous pratiquons ensemble tous les sports. A l’heure du bain, nous faisons des « pleine eau » qui nous ont rendus des célébrités sur la plage. Elle est délicieuse, dans le maillot noir qui moule son jeune corps, ses cheveux d’or roux, perlés de gouttes d’eau, moussant sous son madras. Nous jouons au golf, elle y est d’une adresse rare ; au tennis ; nous pédalons de concert ; nous allons à la pêche où elle barbotte, sa jupe retroussée si haut qu’elle la peut monter, insouciante de montrer ses jambes de petite nymphe, qui ont l’air modelées dans l’ivoire…
« Nous sommes des camarades, pas autre chose. Et je sais pourquoi maintenant.
« Tout à coup, comme nous revenions en tête-à-tête d’une course pédestre, cette fois à Houlgate, elle m’a demandé si je ne connaîtrais pas quelque poste avantageux pour un garçon très intelligent. Ahuri de la question, j’ai sollicité discrètement d’indispensables clartés.
« Alors, de sa manière spontanée, elle s’est expliquée. Elle a, au cœur, la pensée d’un ami d’enfance, bien loin d’être fortuné comme elle, qui bataille contre le sort, en Amérique, pour la conquérir… Du moins, elle le croit fermement, et elle m’a confié :
« — Jusqu’à ce qu’il revienne et que je sache quel peut être l’avenir pour nous, je refuserai tous les partis qui me sont offerts ! Je l’ai déclaré à mes auteurs qui fulminent ; du moins, le paternel. Mère se contente de hausser les épaules et me laisse libre, comme toujours, mais en me répétant :
« — Tu verras toi-même la folie de ton idée.
« Sans me laisser le loisir de placer mon avis, elle a continué :
« — Jean, vous avez été adorable de ne pas me cramponner pour m’épouser, de ne pas même me faire la cour, ce que j’exècre. Je ne l’oublierai pas et je vous aimerai toujours bien… Si je n’avais pas déjà choisi Hubert, je crois que je vous aurais pris, parce que vous êtes vraiment très gentil !
« Ici je m’incline.