— Vraiment ? Cela ne se voit pas du tout. Quelle force d’âme ! chère madame. Êtes-vous bien sûre que vous êtes ennuyée ?

— Jean, vous parlez en « petit four » ironique et non en bon ami… Vous ne vous doutez pas que j’ai beaucoup de mérite à demeurer une épouse impeccable !

— Comment ! Henry…

— Henry devient insupportable quant aux questions d’argent. Ce matin, il a entrepris de me chapitrer sous prétexte que, paraît-il, vu les circonstances, je dépense trop. Il m’a ressassé l’antienne de la vie chère, du loyer doublé, des domestiques hors de prix, des rentes que les Russes et autres peuples ne lui payent pas…

— Ce n’est pas une spécialité qu’il a là ! remarque Jean, sympathique toutefois.

— N’est-ce pas ? C’est ce que je lui ai dit ! réplique-t-elle triomphante. Mais il m’a déclaré que les tracas des autres ne changent rien aux siens. Évidemment, tout ce dont il se plaint est très ennuyeux. Mais je n’y peux rien. Il m’est impossible de rien modifier dans notre modeste petit train de vie.

Modeste ! Pour qui connaît la maison luxueusement montée des Lacroix, le mot est imprévu. Mais il est certain que tout est relatif…

— Ma petite amie, ne vous tourmentez pas ! fait Jean, aisément philosophe, mais soucieux de se montrer pitoyable. Tout s’arrangera, soyez-en sûre. C’est un moment de crise à passer.

— Soit, mais un moment très désagréable ! Henry ne veut pas que je donne de bal. Il s’insurge contre le prix de mes robes. Comme si j’étais responsable de ces prix ! Je paye ce qu’on me demande. Si c’est plus cher qu’autrefois, je n’y suis pour rien. Et certes, par le temps qui court, je peux dire que plusieurs de mes costumes sont « donnés ». Mais Henry n’est pas de cet avis. Et avec cela il tient à ce que je sois toujours très élégante. Aussi je ne sais plus comment faire… C’est-à-dire…

— Quoi ? Marise.