— Marise, je savais qu’elles en dépensent, mais qu’elles en gagnent…

— Ah ! vous n’êtes pas au courant ? L’autre jour, chez la comtesse de Piernes, au thé, on ne parlait que de cela. Alors je me suis souvenue, après les lamentations d’Henry qui en était venu à me déclarer que ses préoccupations financières l’empêchaient de dormir et que nous devions enrayer, si nous ne voulions entamer notre capital… Moi, cela me serait égal. Mais, puisque ça l’ennuie, je cherche une autre solution…

— Et vous avez trouvé ?

— Celle que je vous indique : faire comme les autres. Yolande de Saint-Prix commandite une maison de modes et fabrique elle-même des chapeaux très chics… Mme de Laigle dirige des ateliers où se confectionne de la bonneterie de luxe. La princesse de Jordannes et ses filles font des coussins épatants, paraît-il, et qu’elles vendent très cher… Jeanne de Trayes, vous savez, la si jolie femme de Maurice de Trayes, avec un fort profit, elle lance les modes nouvelles et fait des achats pour ses amies étrangères !

Marise s’arrête, un peu essoufflée de sa fougue.

— Vraiment ?… Eh bien, j’aime mieux n’être pas le mari de ces dames !

— Pourquoi ?… Ce n’est pas déshonorant de gagner de l’argent ! C’est encore mieux que de recourir à un amant ou de végéter comme je suis menacée de le faire, si Henry s’entête dans ses réformes économiques !

Mais Jean est toujours révolté.

— Ce n’est pas moi qui supporterais que ma femme se livre à de pareils trafics !

— Des trafics !… Eh bien, vous êtes poli !… Où prenez-vous que ce soit une tare pour une femme de travailler ?… Les couturières, les blanchisseuses, les… les crémières le font bien ! Et vous les respectez.