— Je pense bien ! Les malheureuses, je les plains et les respecte, parce qu’elles ne peuvent faire autrement que de peiner. Mais vous et vos sœurs, Marise…
— Nous non plus, nous ne pouvons pas faire autrement. Pourquoi prétendez-vous nous condamner à rester des poupées de luxe si nous n’en avons plus les moyens ? Vous parlez de tout cela bien à votre aise, monsieur le propriétaire du Val d’Or !
Elle le regarde mi-fâchée, mi-rieuse.
Jean, une seconde, est vaguement embarrassé de ses millions et il marmotte avec une grâce contrite :
— Si j’osais, Marise, mon amie, je vous dirais : « Tout ce que j’ai est vôtre. »
— Vous faites bien de ne pas oser, car vous m’amèneriez à croire que vous me prenez pour une grue ; et vrai ! je ne le mérite pas. Je grogne mais je ne demande rien à personne et je suis désolée de ne pas savoir comment m’y prendre pour me procurer des capitaux. Que voulez-vous, Jean, jamais Henry ne me faisait d’observations sur mes dépenses… Et puis, tout à coup, le voilà bourré de réflexions désespérantes, hérissé de sévères conseils, de considérations lamentables sur notre avenir, celui de nos mioches, celui du pays ! Du pays !… S’il faut encore qu’il se tourmente pour l’avenir de son pays dont il n’a pas la responsabilité, alors de quoi ne se tourmentera-t-il pas ?
Jean a très envie de rire de cette conclusion : mais il craint de froisser Marise toute pénétrée de son sujet et qui s’exclame convaincue :
— Les parents sont vraiment coupables de ne pas apprendre toujours un métier à leurs filles ! Aussi, comme je suis instruite par l’expérience, je suis résolue à en donner un à Miette.
La jeune personne a cinq ans et demi.
— Un métier pour Miette ! Lequel ?