— Celui de pharmacienne, déclare Marise très sérieuse. C’est un métier propre, intéressant, minutieux ; et Miette est justement très soigneuse. Ce sera parfait pour elle. Il est dommage que moi je sois trop vieille pour apprendre à être pharmacienne… Jean, il y a une chose que je trouve exaspérante en ce moment…

— Quoi donc ? Marise.

— C’est de penser que nous avons gagné la guerre. Donc ce serait aux Boches d’en supporter les conséquences, pas à nous, les vainqueurs ! Et nous pâtissons autant, peut-être plus qu’eux ! Henry m’a annoncé que nous étions abreuvés d’impôts. Pourquoi est-ce que les Boches ne payent pas les dépenses dont ils ont été cause ? Ce serait la plus élémentaire justice.

Dans son indignation, Marise s’est redressée, quittant ses coussins, et a posé, sur le tapis, de petits pieds volontaires, cambrés dans leurs souliers vernis.

Jean approuve, secrètement très amusé :

— Marise, vous êtes la sagesse même. Hélas ! nos dirigeants ne savent pas, comme vous, simplifier les questions.

Ici, un coup de timbre résonne à travers l’ouate des portières et rejette au loin les préoccupations financières et politiques de Marise de Lacroix.

— Ah ! nous allons pouvoir nous élancer au Dancing. C’est Sabine ! Je suis gentille, n’est-ce pas, de vous réunir ainsi à votre flirt ? C’est que j’espère bien qu’un jour le flirt deviendra une fiancée.

Jean a une exclamation d’horreur :

— Oh ! Marise ! Comment, vous aussi ! Je vous en supplie !…