— Hélène, bien-aimée, vous n’aurez donc pas un mot d’accueil pour votre ami qui, si ardemment, appelait le bienheureux instant de vous retrouver !
Elle frissonne. Encore lutter contre lui, contre elle-même… Il lui semble que, jamais, elle n’en aura le courage…
— Oh ! Jean, il ne fallait plus penser à moi !
Le visage de Jean devient très sérieux, presque grave. Et, à son tour, elle, aussi, a l’impression qu’il est, aujourd’hui, un homme, dans la pleine possession de son vouloir.
Impérieux et tendre, il interroge :
— Il ne fallait pas… Pourquoi ?… Dans la sincérité de votre cœur, vous ne m’aimez pas assez pour consentir à devenir ma femme… moi qui vous aime tant !
— Oh ! je vous en supplie, ne me le répétez pas ! Ayez pitié de moi… Ne me tentez plus !
Il a une exclamation de joie triomphante.
— Je vous ai tentée ?… O mon amour, mon cher amour… Le mot béni que vous venez de prononcer là !… Ah ! je le jure bien, que je ne vous laisserai plus m’échapper ! Tentée !… Si vous l’étiez, pourquoi m’avez-vous repoussée ? C’est tellement doux de céder à la tentation ! Vous me jugiez indigne de vous ?… Trop inférieur ?… Un pauvre homme du monde ?… Répondez, cruelle Hélène, qui refusez de me donner le bonheur… immense que j’attends de vous !… Pourquoi ?…
— Parce que vous êtes trop riche ! jette-t-elle désespérément, sentant bien qu’elle n’évitera pas l’aveu de la vérité… Parce que je sais la terrible déception que j’apporterais à votre mère… Parce que je devine son indignation contre moi… Parce que je sais ce que dirait le monde !… Et pour mon honneur, je ne veux pas m’y exposer !