— O petite femme orgueilleuse qui avez pensé à tous, sauf à moi, le principal intéressé, avouez-le… Qu’est-ce que nous font les autres ?… Il y a seulement vous et moi que votre unique volonté peut séparer… Toutes les créatures ont le droit de chercher leur bonheur où elles le voient… Et mon bonheur, c’est vous, Hélène ! Ah ! j’en suis bien certain maintenant !

Elle a une question dans les yeux, tandis qu’elle répond, avec une sincérité ardente :

— J’ai pensé, Jean, que je devais accepter de vous voir heureux par une autre que moi…

— Ah ! c’est votre sagesse qui vous a inspiré ce beau raisonnement ?… Eh bien ! écoutez ceci : Vous m’aviez, dans votre cruelle lettre, impitoyablement assuré que mon amour pour vous était une fantaisie passagère… Si bien que, habitué à la clairvoyance de vos jugements, j’ai, un moment, presque douté de moi et voulu m’éprouver… Je me suis imposé la loi… oh !… combien dure !… de vivre, quelques semaines, sans le secours de votre chère pensée, auprès des femmes qui pouvaient le plus me séduire… Et maintenant, Hélène…

— Maintenant ? répète-t-elle, parce qu’il s’arrête un peu.

— Maintenant, j’ai la certitude immuable que mon amour n’est pas une passionnette, mais l’élan de mon « moi » tout entier, vers vous, bien-aimée… J’ai vu Sabine résolue à rompre ses fiançailles avec le duc de Bresmes, si je l’en priais… J’ai vu s’offrir le cœur innocent de Madeleine… J’ai vu d’autres encore prêtes à me faire l’honneur de me donner leur vie et…

Il sourit joyeusement :

— … j’ai gardé l’insensibilité de la pierre. J’avais trop bien compris que vous étiez désormais l’unique pour moi, Hélène. Et j’ai attendu avec foi l’heure de vous conquérir…, celle que nous vivons en ce moment, qui m’apporte la victoire, n’est-ce pas ?

Ce sont les yeux qui répondent, avant que les lèvres aient articulé une parole.

Il semble à Hélène qu’elle soit vivifiée par cette flamme qui brûle près d’elle et pour elle. Même la pensée de Mme Dautheray ne l’effraye plus. Pourtant, elle répond d’une voix qui tremble :