— Oui, ce sera oui… si votre mère consent… Mais il faut ce consentement !

Il la connaît trop bien pour n’avoir pas la certitude qu’elle n’accepterait pas de devenir sa femme contre le gré de Mme Dautheray.

— Ce consentement, vous allez l’avoir, mon précieux trésor ! s’exclame-t-il, sûr de lui. Bien entendu, je ne m’illusionne pas. Maman, qui est habituée à faire ses trente-six volontés et à les imposer aux autres, sera un peu… esbrouffée de voir que je me marie sans son secours… Mais comme elle est très bonne, elle acceptera vite un mariage qui me rend follement heureux !… Soyez en paix, Hélène chérie, je vais tout arranger… Mon Dieu, que je suis donc content d’avoir eu le désir de faire aujourd’hui une aquarelle à Versailles !… Bienheureuse aquarelle ! Mais vous, comment vous trouvez-vous, ici ?

Elle explique brièvement.

— Je comprends pourquoi vous êtes une si jolie dame, si élégante !

Et il la contemple avec ravissement, comme s’il ne pouvait se rassasier de la regarder ; fine dans le tailleur d’un brun fauve ; des plumes de faisan sur le chapeau qui ombre les yeux. Dans le duvet du col de fourrure blonde, entr’ouvert autour du cou, la délicate figure a un prodigieux éclat… Car c’est le bonheur même qui l’illumine.

— Je suis sûre que vous avez subjugué ce directeur américain… Lui aussi !… Je vous préviens, madame, que je serai très jaloux de vous !… Et d’abord, vous ne reverrez plus Barcane.

Les yeux pastel retrouvent une expression gamine.

— Mais si, je le reverrai, parce que vous aurez certainement autant de confiance en moi que j’en aurai en vous !… Et puis, songez qu’il a voulu absolument emporter ma pièce pour la lire… J’en frémis !… Quelle humilité, je vais acquérir !

— Il l’a emportée ?… Vous l’avez donc vu ? questionne-t-il, tout de suite hérissé.