Elle penche la tête, un peu malicieuse devant sa mine.

— Oui, à Colmar. Il m’a fait une très correcte visite. Je l’ai reçu dans le jardin. Bobby jouait près de nous et nous n’avons parlé que de littérature. Êtes-vous tranquille ? mon Jean. Oui ?… Eh bien ! ne nous occupons plus de lui… et venez me conduire à la gare… Tant pis pour l’aquarelle !

— Comment, vous prétendez partir ? Et seule ?

— Il faut que j’aille retrouver Bobby. Je l’ai quitté de bonne heure, ce matin.

— Hélène, vous allez me faire détester le cher Bob ! Il vous a eue à lui seul, tout l’été, c’est mon tour ! Je prends ma revanche. Il n’est pas malade, que diable !

— Non, mais il l’a été sérieusement, il y a trois semaines.

— Je comprends pourquoi vous avez une petite figure amaigrie !

Elle pense que, pour une autre raison encore, elle a changé. Mais elle se tait sur ce point. Le présent est si beau qu’il refoule victorieusement le souvenir des tristes jours.

— Soit, puisque vous le souhaitez, nous allons repartir… mais par le chemin des écoliers… Vous pouvez bien me faire cette petite concession ! C’est trop tentant de marcher un peu, avec vous, dans ces admirables allées, sous ce feuillage de légende !

Elle ne résiste pas. Faire ce qu’il veut lui est une telle joie ! Et puis, l’un comme l’autre, ils sont insatiables de connaître les plus petits incidents qui ont traversé leurs deux vies, depuis la journée à Metzeral.