Jean est appelé à prendre sa succession. D’où la recherche dont il est l’objet de la part des mères de famille, en quête d’un gendre financièrement bien pourvu.
Mme Dautheray ayant fini la missive de sa vieille amie de la Vrillère, va vers le petit bureau où, dans un portefeuille spécial, voisinent les propositions qui s’accumulent. La brise printanière frôle les papiers qu’elle effleure d’un coup d’œil. La dernière lettre classée est celle de l’abbé Ouchy, qui lui présente une candidate de tout repos.
Mme Dautheray en est arrivée, peu à peu, à considérer comme un devoir strict, autant que comme une joie, de marier Jean. En communion avec l’Écriture, elle est convaincue qu’« il n’est pas bon que l’homme soit seul ». De plus, elle désire ardemment avoir des petits-enfants. La bru l’enchante beaucoup moins. Mais comme c’est une personne inévitable, il lui faut, tout au moins, l’avoir à son gré, autant qu’à celui de Jean.
Si absorbée, elle est par cette pensée de l’avenir de Jean, qu’elle ne voit même pas le joli matin d’avril qui nimbe de clarté blonde, les ramures, les pelouses, les massifs fleuris du parc Monceau, sur lequel s’ouvrent les fenêtres du somptueux hôtel Dautheray.
Tant de candidates parfaites, et si peu d’enthousiasme de la part de Jean ! Qu’il est donc difficile de le mettre en goût !… En principe, il ne repousse presque jamais les projets qu’elle lui communique, inlassable, sans se laisser désemparer par l’aimable force d’inertie avec laquelle il se prête à ses soins. Car il a l’horreur des discussions, des scènes de famille, menues et grandes. C’est pourquoi, sans nécessité absolue, il ne prononce pas le « non » péremptoire. Avec une souriante indifférence, il laisse les gens, sa mère en tête, aller et dire à leur guise… Puis, sans éclat, sans phrases, tranquillement, il fait ce que lui-même a décidé.
Pour l’instant, il est tout à fait résolu à reléguer le plus longtemps possible, dans les brumes de l’avenir, le jour de ses justes noces. Mais il écoute toujours les offres que sa mère lui présente, parce qu’il déteste la voir mécontente et a besoin, autour de lui, d’une quiète atmosphère. Même, de-ci de-là, il se prête aux entrevues qu’elle réclame de lui… Ce après quoi, il se dérobe quand, mise en goût par sa docilité, elle insiste pour accentuer les négociations ; il fait alors surgir, tels des diablotins moqueurs, des objections, des critiques, des fins de non-recevoir si justement trouvées qu’elle en demeure vaincue ; mais non abattue.
En effet, depuis son veuvage, elle éprouve une sorte d’ivresse à pouvoir faire librement tout ce qui lui plaît ; car, pour son sérieux et autoritaire époux, elle était une enfant très gâtée, mais qui ne devait avoir d’autre volonté que la sienne — et obéir toujours…
Donc, Mme Dautheray, encore une fois, considère la liste des propositions qui lui sont journellement adressées, quand elle est interrompue par un léger coup frappé à sa porte. Est-ce Jean qui vient lui faire la visite matinale à laquelle il l’a accoutumée ? Elle a un coup d’œil vers la pendule :
— Onze heures.
Trop tôt, pour qu’il soit rentré du Bois où il monte chaque matin. Et, désintéressée, elle répond :