— Entrez !
Lentement, les portières pékinées de jaune pâle et de bleu s’écartent devant son frère, M. Desmoutières, que le valet de chambre introduit ; le président actuel de la Société du Val d’Or, en remplacement de son beau-frère mort et de son neveu absent. C’est un vieux garçon d’une remarquable capacité en matières administratives — et qui ne l’ignore pas ; par suite, un peu pontifiant, toujours prêt à saupoudrer les gens de ses conseils, son neveu tout le premier. D’autant qu’il considère celui-ci comme le fils qu’il n’a pas eu. Il est encore très bel homme et se plaît à entendre dire qu’il ressemble à feu le comte de Chambord. Dans sa jeunesse, il a eu de nombreux succès qui l’ont détourné du mariage. Aujourd’hui, il est, en somme, un vieux monsieur sage, un brin maniaque, et un peu ennuyeux.
Il baise au front sa sœur et s’installe confortablement dans un fauteuil :
— Bon matin ! Marthe. Je passais tout près de chez toi, ce qui m’a incité à une petite visite. Rien de neuf ?… Jean est à la Société ?
— Pas à cette heure ! déclare Mme Dautheray, candide. Il monte au Bois.
— Vraiment !… C’est ainsi qu’il s’occupe des affaires de sa maison ? mais quand donc ce garçon prendra-t-il la vie par le côté sérieux !
— Quand il se mariera, prétend-il, glisse Mme Dautheray, contrite pour son fils bien-aimé.
— Alors… alors, Marthe, dépêche-toi de le mettre en ménage. A vingt-sept ans, il est grand temps !
— Mais, mon ami, je ne pense qu’à cela ! Sans succès, hélas ! Pourtant, les demandes pleuvent. Hier soir, j’en ai reçu une nouvelle de l’abbé Ouchy. Ce matin, une autre de ma bonne amie de la Vrillère, qui me plairait… Veux-tu voir la lettre ? Tu me donneras ton impression.
— Oui, montre-moi… Raconte-moi.