Ces élégantes mondaines offrent à leur Créateur le spectacle qu’elles accordent chaque jour à ses créatures ; et les chrétiens présents du sexe fort peuvent, s’ils sont dénués de ferveur, trouver matière à d’agréables distractions.
Mme Dautheray a en abomination de telles messes et, au grand jamais, ne les fréquente. Mais, en ce jour, il s’agit d’apercevoir la jeune personne présentée par sa bonne amie de la Vrillère ; et, après avoir dévotement entendu une messe matinale, où le recueillement est à son gré, elle est venue assister à celle-ci, dans un but essentiellement profane.
L’office va finir. Mme Dautheray est très agitée. Elle voudrait déjà distinguer la jeune candidate dont les qualités la raviraient d’aise chez sa bru. Or l’église est noyée dans la pénombre, et puis elle abrite tant de jeunes vierges !
D’autre part, Mme Dautheray n’aperçoit pas Jean qui, pourtant, a promis de venir la rejoindre. N’est-il pas encore arrivé ? Ce serait bien regrettable, tant au point de vue chrétien qu’au point de vue matrimonial. Car voici le prêtre qui, se tournant vers la foule des fidèles toute prête à se disperser, proclame à haute voix :
— Ite, missa est !
Bien que ce soit un geste dont, en d’autres circonstances, elle se ferait scrupule, Mme Dautheray tourne la tête et ses yeux inquisiteurs regardent le flot semi-pieux qui commence à dévaler vers la porte de sortie, ouverte lentement par un invisible sacristain.
— Ah ! c’est lui ! Il est là ! murmure-t-elle avec un soupir d’allégement.
Parmi ceux qui attendent, en leur rang, les dernières oraisons, elle a distingué Jean, dont la haute silhouette émerge de la foule qui se presse vers la grand’porte, maintenant ouverte large. Un élan d’orgueil bondit en son cœur.
— Il est vraiment beau garçon, mon Jean ! Si cette jeune fille pouvait lui plaire !
Elle ne doute pas une seconde que lui ne plaise ; et avec une ultime génuflexion, elle s’abîme en une rapide prière ; cependant que le prêtre descend les marches de l’autel, la messe achevée.