— C’est cela, maman, soyez découragée, et ne pensez plus sans répit : « Il faut marier Jean ! » Laissez cet infortuné attendre, en paix, l’étincelle annoncée à Hélène Heurtal.

— C’est une femme de bon sens qu’Hélène ! Puisse-t-elle te convaincre que tu as tort de ne pas m’écouter !… Il faut que j’aille la voir…

— Maman, laissez la pauvre Hélène tranquille… Pour l’instant, du moins. Elle déménage, elle s’installe. Elle a bien autre chose en tête que de me traiter en gamin qu’il faut morigéner !

— Elle peut bien s’occuper un peu de ton avenir ! riposte Mme Dautheray, pénétrant sous la majestueuse grand’porte de son logis. Tu as été pour elle un propriétaire… unique à l’heure actuelle… Un loyer dérisoire… des réparations complètes… Peintures… Papiers… C’en est ridicule !

Jean a un joyeux geste d’épaules.

— Eh bien ! tant mieux, si j’ai pu rendre service à ma petite amie Hélène. Et ne vous montrez pas méchante quand vous êtes la bonté même. Autant que moi, vous avez plaisir à obliger, avouez-le.

Il pose sur elle ces yeux malicieux et câlins auxquels, toujours, elle a été incapable de résister. Et comme ils sont dans le jardinet, chaud de soleil, il se penche et tendrement baise la main qu’elle vient de déganter.

Sur le seuil du petit salon, la voix de M. Desmoutières s’élève :

— Eh bien !… Eh bien !… On ne rentre pas déjeuner ?… Vite, Marthe, j’ai à t’offrir la plus séduisante des belles-filles !

— Oh ! encore une ! marmotte Jean, exaspéré et amusé du comique de sa situation. Cela devient épouvantable !