— La malheureuse ! dit Jean, pitoyable.
Cette fois, Mme Dautheray est fâchée.
— La malheureuse !… Jean, tu es stupide ! Je ne sais vraiment pas pourquoi je prends toute cette peine pour te préparer un bonheur que tu dédaignes !
— Ah ! fichtre non, je ne dédaigne pas le bonheur !… C’est pourquoi je suis si lent à m’engager ! Maman, ne vous agitez pas !… Pour l’amour de votre Créateur, dont vous venez de demander les lumières ! Je vous accorde que votre jeune personne constituera certainement une épouse de tout repos…
— Et cela ne te met pas en goût ?
Dans la pensée de Jean, se dresse l’éclatante image de Sabine de Champtereux… Tout le contraire de la « femme de tout repos », celle-là ; peut-être… Mais combien tentante…
Et, tout haut, il songe :
— Au point de vue de ma tranquillité conjugale, c’est vrai ; cette juvénile créature serait l’idéal. De plus, je suis certain qu’avec elle, j’aurais une maison supérieurement tenue, une cuisine à l’avenant, des petits soins à en devenir enragé… Mon bonheur serait un incomparable pot-au-feu conjugal. Mais je me connais… J’aime mieux vous prévenir, maman… Ce pot-au-feu me donnerait fatalement l’envie d’aller croquer au restaurant un menu plus relevé !
Mme Dautheray l’écoute, désolée, ne parvenant pas à découvrir s’il plaisante ou non.
— Mon Dieu, mon enfant, que tu es ridicule avec tes comparaisons culinaires ! Tu me décourages !