Les deux amies redescendent ensemble, tout en devisant, le faubourg Saint-Honoré, vers la rue de l’Élysée, où se trouve l’hôtel des Serves.
Mme Dautheray est enchantée de l’entrevue et s’exclame :
— Cette petite est exquise !… Si naturelle ! Si simple !… Et jolie !… Très bien habillée aussi… Une robe d’une longueur excellente… Parfaitement chaussée… N’est-ce pas ?
Silence de Jean, qui est fâché, mais, selon son habitude, n’en manifeste rien. Mme Dautheray, elle, est tellement imbibée de satisfaction, qu’elle ne s’aperçoit pas de sa figure fermée. C’est seulement après avoir exhalé ses espérances, en remontant la rue de Courcelles, qu’elle est tout à coup frappée du mutisme de Jean, dont la canne, par instant, bat le trottoir d’un heurt sec. Et, inquiète, elle interroge :
— Tu ne me donnes pas tes impressions, Jean, pourquoi ?… Tu veux connaître mieux cette enfant avant de te prononcer sur elle ?… Dimanche, tu pourras l’observer plus longuement.
Jean regarde sa mère, suffoqué d’indignation.
— Est-ce que, par hasard, mère, vous vous imaginez que je vais aller chez cette dame cramponnante, qui tente de me happer comme un gros goujon à sa convenance ?
— Oh ! Jean, fait Mme Dautheray consternée, que tu es brusque !… Tu as une occasion très naturelle d’étudier cette jeune fille, et tu te rebiffes…
— Bien entendu, puisque je n’ai pas la moindre envie de l’étudier !… Des petites filles comme celle-là, j’en trouverai à la douzaine !… C’est gentil, quelconque, par suite, bien vite insipide ! Vous avez insisté pour que je la voie… Afin de vous être agréable, je l’ai vue… Eh bien ! maintenant, restons-en là et n’y pensons plus !
— Oh !… Oh ! répète Mme Dautheray, abasourdie. Mais, Jean, tu ne parles pas sérieusement, n’est-ce pas ? Songe que cette enfant t’apporterait… tout ce que tu peux souhaiter !… Fortune, jeunesse, beauté, instruction ! Elle a même suivi des cours de droit et de cuisine ! m’a raconté Mme de la Vrillère.