Mme Dautheray se tourne vers Mme et Mile de Serves dont le double regard s’attache aussitôt sur Jean, incisif chez la mère, naïvement curieux chez la petite.

Il y a, alors, un brouhaha de paroles confuses. Devant la soudaineté du rapprochement, les dames hésitent sur ce qu’il faut dire. Mais une seconde seulement. Toutes sont des femmes du monde accomplies, à la hauteur de toutes les situations. Elles trouvent instantanément les mots qui conviennent, et Mme de la Vrillère croit devoir ajouter, gracieuse :

— M. Dautheray a été, pendant la guerre, un de nos plus brillants aviateurs !

Ce qui amène un fugitif froncement des sourcils de Jean. Ainsi exhibé, il se sent aussi ridicule que s’il était accusé d’une sottise. Sa mère le devine et conçoit la nécessité de prendre congé sans retard. Mais Mme de Serves intervient, la bouche souriante :

— Maintenant, les aviateurs ne volent plus, ils dansent ! Monsieur, si vous êtes amateur, j’ai, dimanche, une matinée, et vous seriez tout à fait aimable d’accepter une invitation impromptue. Mme de la Vrillère peut vous dire que j’aurai d’excellentes danseuses à vous offrir… Dignes de vous, si j’en crois votre réputation !

— Madame, vous me remplissez de confusion. Je danse, je vous assure, comme la foule de mes frères ! fait Jean, exaspéré en son « quant à soi ». Mais, comme sa courtoisie est irréprochable, il dissimule à souhait son état d’âme et répond à l’invitation par de vagues paroles de politesse qui ne l’engagent à rien du tout… Car il est, à cette heure, bien décidé à ne pas mettre les pieds chez Mme de Serves, laquelle semble l’avoir en gré et lui répète :

— A dimanche, j’espère, monsieur.

Il s’incline profondément. Les dames se serrent les mains avec effusion.

Mme Dautheray tend la sienne à Madeleine qui, très sage, a écouté, attentive et silencieuse, l’échange des propos. Et, l’air charmé l’une de l’autre, toutes se séparent.

— Ce jeune homme est très gentil ! remarque Mme de Serves avec une négligence volontaire. Je pense qu’il sera une bonne recrue pour nos danseuses. On n’a jamais trop de jeunes gens !