— Elle est charmante !
C’est qu’en effet, Madeleine de Serves réalise absolument son idéal de la jeune fille « comme il faut ». Elle a de beaux yeux de biche effarouchée sous la mousse claire des cheveux, une fraîcheur de petite fille ; le sourire est très jeune tandis qu’elle parle à Mme de la Vrillère. Elle est habillée avec une simplicité élégante, correcte et ennuyeuse.
Il a été convenu que cette première rencontre ne serait qu’une entrevue muette, les seules auxquelles Jean se prête. Mais Mme Dautheray, étant désormais habituée à suivre son bon plaisir, ne résiste pas une seconde à la tentation de voir de plus près la jeune fille revêtue des mérites qui lui ont été énumérés.
Et, persuadée que Jean la suit, elle se lance de l’avant et se trouve à côté de sa vieille amie.
Exclamations. Saluts. Présentations hâtives. Mme de Serves devine incontinent ce dont il retourne et, d’un coup d’œil discret, cherche le « jeune homme ». Elle et Mme Dautheray se montrent prodigues de sourires gracieux que remarque Madeleine de Serves avec des prunelles candides, un brin malicieuses, qui soudain la font ressembler à un Greuze.
Mme Dautheray pense qu’il n’y a pas à hésiter. Il faut présenter Jean tout de suite, puisque l’occasion s’en offre excellente. Elle se retourne…
Mais pas de Jean ! Il ne l’a pas suivie dans son intempestif élan. Un peu en arrière, où elle l’a laissé, soi-disant en observation, il est arrêté et cause dans un groupe fort élégant où elle aperçoit Mme de Lacroix — « la femme qui s’habille le mieux du Tout-Paris » — près d’une belle jeune fille en qui elle reconnaît Mlle de Champtereux. Juste à ce moment, il lui baise la main, avec un air de prendre congé. Heureusement !
Comme il se détourne, elle lui fait signe d’approcher ; et force lui est bien d’obéir, sous peine d’impolitesse.
— Jean, tu viens saluer Mme de la Vrillère ?
— Mais certes oui ! Madame, je vous présente mes hommages.