— Trois chapelets, cent cinquante ave !
— Cent cinquante ave ! Oh ! tu es capable de répéter cent cinquante ave à la suite sans t’endormir ou devenir enragée ?
— Oh ! on peut penser à autre chose.
— …
Mad voit l’ahurissement d’Odette et ses joues s’empourprent de nouveau. Mais elle se met à rire et corrige bien vite :
— A autre chose… c’est-à-dire à d’autres choses pieuses qu’aux ave qu’on répète tant de fois à la suite… Tu ne comprends rien, Odette.
— Si, mon petit, je comprends bien, très bien, que, de tous tes prétendants, c’est celui qui t’agrée le plus… Et fortement ! Car pour réciter en son honneur trois chapelets… J’en suis écrasée pour toi. Enfin, tu mériteras d’être récompensée !… Heureusement que les anathèmes sur le tango n’ont pas empêché ta mère de donner sa matinée, comme elle en avait parlé à maman.
— C’est que père est allé à l’archevêché voir notre ami, le chanoine Armandin, lui a exposé le cas ; et l’abbé, par bonheur, a dit qu’en supprimant les figures inconvenantes, en changeant le nom de la danse pour éviter toute équivoque, maman pourrait faire danser chez elle tout ce qu’elle jugerait bien. Maintenant le tango est devenu l’habanera. Yverdun est venu hier à cinq heures me donner une leçon. Tu aurais dû la prendre avec moi, Odette.
— Impossible, chérie, j’avais mon cours de droit à cette heure-là !
— Enfin, maman a été très satisfaite de l’habanera… Odette, est-ce que tu comprends pourquoi les figures qu’on a supprimées étaient inconvenantes ?… Je ne me doutais pas que nous faisions quelque chose de mal en dansant le tango… « Une danse pour les grues », a déclaré la générale de Brunay, l’autre jour, au thé de la baronne Niaisons.