— Vous voulez le grand amour ? Que vous êtes exigeant ! Ça n’existe guère que dans les romans, le grand amour ! Dans la vie, on l’espère, on l’entrevoit un instant parfois…, ou du moins on croit l’apercevoir. Vite, on approche. Et alors on constate qu’on a couru après une bulle de savon qui ne laisse aux doigts qu’un peu de mousse quand on veut la saisir, c’est-à-dire… rien !
Il la contemple, surpris :
— Hélène, que vous êtes décevante… et déçue !
— La vie m’a appris qu’en matière de bonheur, le conseil de la sagesse est celui-ci : « Bienheureux ceux qui n’espèrent rien de bon, car leur attente ne sera pas trompée ! » Mais, après tout, il y a toujours des privilégiés. Je désire pour vous, Jean, que vous soyez une heureuse exception.
— Pourquoi aurais-je pareille chance ? Que faites-vous de la justice ?
— Oh ! la justice de ce monde ! Mais je me souviens que, pour votre compte, vous en aviez un souci extrême. Aujourd’hui, il y a encore en vous du petit garçon qui voulait toujours partager avec ses camarades, moi y comprise…; et d’où est sorti le grand garçon qui, pendant la guerre, n’acceptait de sa mère, paquets et douceurs, qu’à la condition de recevoir assez, pour partager avec les camarades moins gâtés.
Fugitive, une flamme monte et disparaît sur le visage de Jean dont les sourcils se sont rapprochés.
— Vous trouvez cela extraordinaire ? Hélène. A moi, cela paraît si naturel que je ne conçois même pas la possibilité d’agir d’autre manière. Mère a la manie de me jucher sur une façon de piédestal qui me rend ridicule. J’aurais pensé, puisqu’elle ne peut s’empêcher de parler de moi, qu’elle se bornerait à vous répéter son refrain : « Il faut marier Jean ! »
— Bien entendu, elle m’a entretenu de ses désirs à ce sujet et de ses efforts pour vous découvrir la fiancée rêvée.
— Oui, elle cherche ! approuve Jean philosophiquement.