— Et vous n’avez pas du tout envie qu’elle trouve ?
— Ah ! fichtre non ! Je souhaite du moins qu’elle trouve le plus tard possible !… A l’heure présente, j’ai une si agréable existence !
Il n’a pas achevé sa phrase qu’il en éprouve un regret aigu.
Ce n’étaient pas là des paroles à prononcer devant une femme pour qui la vie est sévère. Mais elle ne paraît pas avoir remarqué l’égoïsme inconscient de ce garçon fortuné, et répond amicale :
— Mon ami Jean, profitez de votre bon temps. C’est très sage… Mais, tout de même, ne repoussez pas, en principe, les jeunes personnes que votre mère vous découvre… Peut-être, dans le nombre, se trouve l’élue…
— Hélène, je vous assure que je n’ai pas de parti pris… Je mets même une admirable complaisance à voir les fiancées possibles qui, par la grâce de maman, se présentent successivement, nombreuses comme les vagues de la mer. Ça ne m’ennuie pas autrement, d’ailleurs… Je suis le spectateur qui regarde un défilé au fond de son fauteuil, et j’attends le jour où apparaîtra celle qui me donnera envie de me lever pour courir à elle et la retenir à jamais…
Il s’interrompt une seconde, puis achève gaiement :
— Remarquez-vous, Hélène, comme, vite, nous revenons à nos habitudes d’autrefois ? Tout de suite, je me reprends à vous conter mes petites affaires ! Je le sentais bien que vous alliez redevenir ma confidente.
Au fond des prunelles de la jeune femme, il y a une expression tout ensemble moqueuse et désabusée. Mais elle sourit :
— C’est convenu. Vous viendrez me confier vos projets matrimoniaux. Nous en causerons ensemble et ma vieille expérience vous dira ce qu’elle en pense, si vous le souhaitez… Du moins, j’espère que j’en aurai le loisir.