— Pourquoi ne l’auriez-vous pas ?
— Tout dépendra des occupations que je vais trouver.
— Des occupations ? Est-ce que vraiment, Hélène, vous ne pouvez vivre tout à votre guise, chez vous, avec Bobby ?
Elle rit de la mine presque anxieuse de Jean. Elle s’est levée pour abaisser un peu le store et arrêter l’entrée éblouissante du soleil printanier. Debout, elle est droite et fine, avec un air de tranquille indépendance. Et Jean a l’intuition qu’il y a des trésors d’énergie dans cette délicate créature.
Elle revient s’asseoir, tout en répondant alertement :
— J’ai mon boy à élever, donc il me faut me débrouiller.
— Oui, je comprends, oui…, dit-il embarrassé de sa luxueuse existence devant cette jeune femme sur qui pèse impérieusement la loi du travail. Mais que croyez-vous pouvoir faire ?
— Je cherche de quel côté m’orienter pour le mieux. J’ai déjà revu de vieux amis de mon père, particulièrement l’un d’eux qui a beaucoup de relations dans le monde littéraire, pour les prier de me dénicher, si possible, quelque poste de secrétaire m’occupant quelques heures par jour. C’est ce qui me conviendrait surtout, à cause de Bobby que je veux quitter le moins possible.
— Et vous pensez que vous trouverez ? insiste-t-il, impatient de ne pouvoir rien.
— Je l’espère bien ! fait-elle avec son joli sourire résolu. Jean, n’ayez pas cet air consterné ! Très sincèrement, cela m’intéresse bien plus de travailler, que de mener une existence vide de belle dame… J’adore le travail… Et je serais bien ingrate s’il en était autrement… Lui seul, Bobby excepté, m’a donné le courage de me reprendre à vivre.