— C’est que M. le professeur est occupé. Il a du monde…
Hélène insiste :
— Je lui suis annoncée… Il doit m’attendre. Passez-lui ma carte. Il vous dira si, oui ou non, il peut me recevoir.
Le domestique subit, malgré lui sans doute, la volonté charmeuse d’Hélène ; et, sans plus lutter, il ouvre devant elle, un vaste salon, froid et banal, remarquablement épousseté, dont le parquet luit comme un parloir de couvent. La pièce donne sur le quai. A travers les vitres d’une impeccable limpidité, elle aperçoit la Seine qui coule, paisible ; son eau laiteuse apparue sous la dentelle des branches.
Mais, à peine, elle a le temps de la regarder ; le domestique reparaît.
— Si madame veut bien me suivre.
Il traverse le salon, ouvre une porte ; et Hélène se trouve dans une grande pièce dont les murs disparaissent sous les rayons pressés des bibliothèques. Deux fenêtres regardent le quai ; une autre contemple quelque jardinet parisien dont les arbres balancent des rameaux grêles sous la brise.
Auprès, est un large bureau surchargé de livres et de paperasses ; et, devant le bureau, un vieillard est assis. Il est grand, sec et râblé, avec un profil d’oiseau de proie, par suite du nez fortement aquilin, des yeux ronds et vifs derrière les lunettes aux verres cerclés d’or.
Non loin de lui, dans un fauteuil, un homme qui a sûrement dépassé la quarantaine, fume, l’attitude nonchalante.
A la vue de la jeune femme, tous deux se lèvent. Dans les yeux que le vieil homme pose sur elle, Hélène lit la même surprise qui a paru dans le regard du domestique. Une seconde de silence, pendant l’emprise. Puis, le « vieil oiseau » indique un fauteuil à Hélène, qui explique rapidement :