— C’est une chose à voir. Nous allons causer en toute franchise, et ensuite nous déciderons. La présence de mon fils ne vous gêne pas, j’imagine…

— Oh ! nullement.

— J’aurais dû déjà vous le présenter. Mais j’avoue que j’étais tout à mon étonnement de m’être vu adresser un secrétaire enjuponné. Donc, mon fils, Raymond Barcane.

— Bien entendu, de réputation, je connais beaucoup monsieur… Et ayant lu, sinon vu jouer, toutes ses pièces, cela m’intéresse très fort de rencontrer leur auteur !

Elle parle avec une simplicité franche, souriant un peu, très peu, car il lui est désagréable de sentir sur elle le regard aigu de Raymond Barcane qui s’incline correctement.

Alors ce monsieur muet, dont elle avait oublié l’existence, c’est le célèbre auteur dramatique, Raymond Barcane ?

A son tour, elle l’enveloppe d’un rapide coup d’œil. Il est plutôt laid, mais a de l’allure. Une tête un peu forte de mulâtre « parisianisé », où luisent, dans la face rasée, des yeux de braise ; très grand, un peu lourd, vêtu avec un raffinement sobre dont la correction est parfaite.

Prenant son cigare posé sur la cheminée, il propose — sa voix a des sonorités mordantes :

— Mon père, je puis vous laisser discuter avec madame. Je repasserai vous voir.

— Tu ne me gênes en rien… et puisque madame Heurtal autorise ta présence…