En elle-même, Hélène trouve ennuyeux de devoir s’expliquer devant cet observateur silencieux par qui, très bien, elle se sent étudiée, avec une curiosité pénétrante. Mais elle ne trahit rien de son impression et, résolument, fait abstraction de sa présence pour ne s’occuper que du vieillard qui, carré dans son fauteuil, interroge, sensiblement humanisé :
— Madame, pardon de la question… mais nous sommes en affaires, n’est-ce pas ?… Vous avez reçu une culture littéraire assez forte, si j’en crois le mot de mon ami Bourgeot.
— Mon père était professeur et j’ai beaucoup travaillé avec lui. Je lui servais de secrétaire, et c’est pourquoi je n’ai pas, en principe, repoussé la proposition de M. Bourgeot.
— Il vous a dit, je pense, que je travaille en ce moment à une « Étude des littératures et arts de l’Orient comparés ». Il y a donc beaucoup d’ouvrages à consulter, des notes à prendre, à rédiger, des copies à faire, des épreuves à revoir et à corriger. Pour la question des « arts », il faut aller dans les musées, y étudier les œuvres, quand je ne puis le faire moi-même…
Hélène a écouté avec des prunelles attentives.
— Ces occupations diverses me plairaient beaucoup et ne sont pas, ce me semble, trop au-dessus d’une intelligence moyenne…
— C’est la vôtre que vous qualifiez ainsi ? Vous êtes modeste… si je m’en rapporte au jugement que Bourgeot porte sur vous. Le secrétaire qu’il m’a annoncé, ce matin, par une lettre particulière, a, me dit-il, l’intelligence très ouverte et remarquablement aiguisée, du style, le sens des choses d’art… Je ne puis souhaiter mieux…
Hélène est un peu effrayée de devoir répondre à une si flatteuse réputation, et elle pense tout haut :
— Autrefois, peut-être, j’étais ainsi… Oui, du temps où je travaillais avec M. le professeur Bourgeot, mais aujourd’hui…
Il l’interrompt brusquement.