— Elle a une charmante figure, grosse comme le poing, avec des cheveux de Vénitienne qui frisent éperdument sur des yeux rieurs… Et alors mon oncle la contemple, plein d’une indulgence ravie.
— Je comprends…
— De plus, il est tout à fait subjugué par la mère, une femme ultra-élégante qui s’habille comme telle, fait de la peinture avec passion et laisse la bride sur le cou à sa fille comme à ses fils. L’aîné, un peu plus âgé que Nicole, en profite largement… Je le rencontre à l’œuvre ! L’autre, seize ans, est, en revanche, une façon de petit savant, très intelligent, qui cause de tout, voit tout, entend tout, comme s’il avait quarante ans. Le père, qui déteste Paris, mais adore sa femme, se partage entre elle et ses propriétés qui lui tiennent au cœur… Ah ! ce n’est pas une famille banale !
— Eh ! Eh ! mon ami Jean, vous m’avez l’air mis en goût…
— Le milieu me divertit fort… Mais quelle figure y ferait maman !… Si vous aviez vu sa mine pendant la première rencontre au tennis… Car elle était du complot et était venue, sous couleur de prendre le thé… Mon oncle lui a présenté Nicole… Laquelle, après un court bonjour, sans la moindre révérence plongeante, lui a servi, en leurs quelques minutes de conversation, des : « C’est moche ! » et autres locutions pittoresques qui l’ont pétrifiée de surprise et animée de l’impérieux désir que je ne sois pas séduit par cette gamine mal élevée… La scène était d’une drôlerie qui m’a consolé de la trahison de ma famille !
— Et avez-vous quelques lueurs sur le moral de cette jeune « vingtième siècle » ?
— Oui, certaines… Comme elle m’a déclaré que la danse la « barbait », nous avons « bavardé » le fox-trott que je lui avais — correctement — demandé, à une matinée chez les Mursennes, où, de nouveau, le monde nous a mis en présence… Et avec une entière franchise, elle m’a fait part de ses goûts et opinions…
— Qui sont ?…
— Un parfait je m’enfichisme et la conviction qu’elle est sur terre pour se passer les mille et une fantaisies qui traversent sa cervelle. Au demeurant, je la crois une honnête petite bonne femme, qui doit être d’âme généreuse. Savez-vous ce qu’elle m’a déclaré, tout de suite, aux sons du fox-trott que nous ne dansions pas ?
— Non, je ne sais pas ! jette Hélène, moqueuse un brin.