— Non. Pourtant cette pauvre maman ne se lasse pas de la chercher, à cette fin de me l’envoyer. Elle va aux entrevues proposées pour se rendre compte s’il y a lieu de me mettre en mouvement. Elle pratique, à cette intention, les églises, les musées, voire les réunions dansantes dont elle revient, d’ailleurs, horrifiée de la nudité des danseuses, — c’est elle qui parle ! — de l’inconvenance des danses et de la tenue audacieuse des danseurs. Pauvre moi !

— Et pauvre marraine !

— Au fond de son cœur, elle garde toujours en réserve sa candidate favorite, la jeune Madeleine de Serves, qui l’a tout à fait séduite, à cette matinée où j’ai été faire quelques saluts pour éviter une grosse scène de désolation.

— Et cette petite ne vous tente pas ?

— C’est un bébé candide et sage… Je me fais l’effet de son grand-père. Mais imaginez-vous que mon oncle, lui aussi, a sa favorite… Un produit original, celle-là, et que je suis stupéfié de voir présentée par lui… Sans doute, en vertu de la loi des contrastes…

— Ah !… racontez… Qui est-ce ?

— La fille d’un vieux camarade à lui, le baron de Branzac. Par hasard, mon oncle l’a rencontrée au Bois, faisant du footing avec son père. Et comme lui aussi rumine incessamment cette idée : « Il faut marier Jean ! » incontinent, il a élaboré le projet de me faire connaître cette jeune vierge, qui lui paraissait dans les conditions requises. Voilà l’histoire !

— Et alors, la conclusion ? questionne Hélène, amusée.

— La conclusion a été une rencontre, dite fortuite, en réalité traîtreusement amenée par mon diable d’oncle, au tennis des Mursennes, à Ville-d’Avray… Et là, j’ai pris contact avec la jeune personne le plus vingtième siècle qu’il soit possible de souhaiter… Une jolie gamine garçonnière, piaffante, pas un brin flirt, qui parle argot comme un poilu, avec une drôlerie spirituelle, ne rêve que sport, chevaux, chiens — comme son père, le baron — et se passionne pour les matches de tennis où elle est glorieuse championne… Il y a en elle un débordement de vie, drôle comme tout à observer. On dirait une belle petite pouliche qui s’ébroue en liberté…

— Et elle plaît à votre oncle, si correct ?