— C’est vrai, ça. Écoutez, Jean. Je n’ai pas la moindre envie d’admettre Barcane dans mon intimité ; seulement, sa conversation m’amuse, et si je pouvais un peu travailler avec lui, même tout simplement comme secrétaire ou copiste, j’en serais ravie ! Ne prenez pas pour cela un air désolé ! Vous n’imaginez pourtant pas que, parce que je suis veuve, je vais vivre comme une nonne cloîtrée. Mon cerveau a besoin de se renouveler au contact d’autres cerveaux.

— Et pourtant, vous ne prétendez pas venir chez ma mère. Une fois, de loin en loin, vous y faites une apparition…

— Votre monde est trop beau pour moi !

— Et trop banal pour votre intellectualité !

— Quelle vilaine réflexion ! Dites plutôt que ce n’est pas celui qu’il me faut. J’irai chez vous, mon ami, quand vous serez marié. Sera-ce bientôt ? Où en êtes-vous de votre ascension vers le mariage ?

Il constate, la mine enchantée :

— Elle n’avance guère, vous dirait maman, lamentable.

— Mais vous, que dites-vous ?

— Moi, je ne dis rien, sinon que je me promène toujours agréablement, au pied de la montagne sainte ; regardant les passantes. C’est une étude… pas ennuyeuse du tout, quelquefois.

— Mais l’élue n’est pas encore apparue ?