— Nous avons échangé quelques propos, une ou deux fois, chez mon « vieil oiseau » qui recevait des visiteurs imprévus, dans son salon. Êtes-vous satisfait ? « monsieur le juge d’instruction ». Mais le jour où nous avons eu une vraie conversation, — d’où est sortie l’idée d’une « pièce » — c’est quand il est venu m’apporter des documents dont j’avais besoin pour son père et que je n’avais pu aller chercher.

— Il vous les a apportés ici ? Comment ! vous recevez Barcane ? Mais… mais… il ne faut pas…

— Il ne faut pas ! Pourquoi ?

— Hélène, vous arrivez à Paris… Vous ne savez pas. A tort ou à raison, Barcane a la réputation de compromettre toutes les femmes qu’il approche.

De nouveau, Hélène a son geste d’insouciance :

— Que voulez-vous que cela me fasse ? Je suis bien habituée, allez, à me faire respecter. Voilà cinq ans que je vis seule…

— Mais en Amérique, les mœurs ne sont pas les mêmes qu’en France, à Paris. Hélène, ma sage petite amie, ne laissez pas Barcane rôder autour de vous, même forte de votre dédain pour lui et pour le qu’en-dira-t-on. Je vous assure, un jour ou l’autre, vous le regretteriez fatalement.

Les yeux de la jeune femme ont une mystérieuse expression, arrêtés sur Jean ; et un sourire un peu ironique entr’ouvre sa bouche.

— Quelle sollicitude ! Vous n’êtes cependant ni mon mari, ni mon frère, ni…

— Je suis tout bonnement un vieil ami.