Un pli a barré le front de Jean, tant il devine, admiratifs, l’attitude, la pensée, tout l’être masculin du duc de Bresmes. Hélène, très intuitive, a dû percevoir son impression, car elle dit aussitôt :

— Jean, à cause de moi, ne vous privez pas, je vous en prie, d’aller saluer ces dames…

— Merci… Elles ne m’ont pas vu ; et il y a dans la loge, des visiteurs avec qui je préfère ne pas me rencontrer… J’aime bien mieux causer avec vous, mon amie.

Est-ce par politesse qu’il parle ainsi ? Hélène n’a pas le loisir de tirer la chose au clair, car la sonnerie indique la fin de l’entr’acte et, tout de suite, reprise par le plaisir de lettrée qu’elle goûte intensément, elle oublie Sabine de Champtereux et le duc de Bresmes. Elle les aperçoit encore de loin, dans le tohu-bohu de la sortie, la jeune fille marchant auprès de son père. Mais Jean, cette fois encore, ne cherche pas à les joindre. Et ni lui ni elle ne font allusion au couple superbe que forment, l’un près de l’autre, Sabine et le duc ; pas même, dans l’intimité de leur retour, à travers la nuit d’été dans l’auto de Jean, qui n’a pas permis à la jeune femme de regagner seule Passy, un peu lointain.

Ah ! la bonne soirée qui lui a ainsi été donnée et lui fait encore une âme lumineuse où flotte, par instant, la vision d’un beau visage de sphinx !

....... .......... ...

Un coup de timbre à la porte d’entrée la fait tressaillir. Est-ce le professeur qui rentre ?… ou quelque fâcheux qui vient la déranger ?… Car c’est elle qui reçoit les journalistes, les curieux des idées du maître, les élèves, les vieilles dames, les étudiantes et étudiants étrangers…

Le domestique chenu va venir l’avertir.

Un doigt heurte la porte du cabinet.

— Entrez ! fait-elle, résignée à s’en aller répondre au visiteur importun.