Barcane ne se laisse pas désarçonner. Lui aussi sourit ; et ses traits tourmentés ont, soudain, un charme presque caressant.

— Madame, ne soyez pas méchante, et faites-moi la grâce de quelques minutes de causerie, en attendant mon père « qui ne peut tarder », si j’en crois votre dire. Vous m’avez laissé voir qu’il est infiniment agréable d’échanger avec vous des aperçus sur la littérature et la vie… Or, il y a si peu de choses agréables dans l’existence, que j’ai pris la résolution de glaner sur mon chemin tout ce qui me tente…

Elle l’a écouté, les yeux brillant d’une flamme gaie, nuancée d’une sorte de malice qu’il ne s’explique pas. Sauf quand le souffle des idées l’enlève à sa réserve, elle est toujours distante avec lui, d’ordinaire. Elle réplique :

— Un autre jour, peut-être, je vous répondrais que je suis ici pour griffonner, non pour distraire un monsieur désœuvré… Mais aujourd’hui…

— Mais aujourd’hui ?… Un autre jour ?… Je ne comprends pas, madame.

— Voici, vous allez comprendre… J’ai passé, hier, une si bonne soirée, grâce à vous, que je serais ravie de vous être un peu agréable à mon tour.

L’expression dure s’adoucit de nouveau sur les traits de Barcane.

— Ah ! vous êtes allée voir Celle qui a menti ! Et la pièce vous a plu ?

— Elle m’a extrêmement captivée. Tour à tour, je vous ai admiré très fort ; vous m’avez exaspérée ; j’ai absolument pensé comme vous, en d’autres scènes…

— Lesquelles ?… Racontez !