— Ce serait trop long !… Si nous commençons à faire de la psychologie, je me laisserai aller à bavarder ; et votre père, en rentrant, ne trouvera pas ma besogne achevée…
— Eh bien ! il ne la trouvera pas, tant pis ! fait Barcane, impatient, avec un geste d’insouciance.
Il a avancé une bergère près de la table à écrire ; et, sans solliciter un nouvel acquiescement d’Hélène, il continue, avec son aisance autoritaire :
— Puisque vous avez tant de scrupule à distraire quelques moments, des heures que vous consacrez à mon père, vous me permettrez d’aller discuter mon œuvre chez vous, ne pouvant pas le faire ici…
Les paroles de Jean surgissent dans la mémoire d’Hélène : « Ne recevez pas Barcane », et, un peu lentement, elle articule, docile, sans en avoir conscience, au conseil :
— Je ne reçois personne. Je suis à peine installée et n’ai repris aucun semblant de vie mondaine…
Sous la moustache courte, les fortes dents de Barcane mordillent ses lèvres qui sont railleuses.
— Dites-moi, si vous êtes sincère, vous n’imaginez pas que c’est une visite à votre « jour » que je sollicite, pour bien causer, à mon gré, avec vous ? Préférez-vous que nous nous rencontrions dehors, à la face du ciel et de la terre, dans quelque exposition, par exemple, ou encore à Versailles que j’adore… Vous aussi, je suis sûr… De cette façon, ma mauvaise réputation ne vous effraiera plus !
Comment a-t-il si bien deviné l’opinion qu’on lui a donnée sur son compte ? Tout ensemble, elle est amusée et agacée. Mais elle ne se trahit pas et hausse légèrement les épaules :
— De quoi pourrais-je bien avoir peur, en vous recevant ?