— Du « qu’en-dira-t-on ».
— Oh ! il n’existe pas pour moi ! Grâce au ciel, je suis libre de préjugés ; je suis seule et n’ai à répondre de ma vie qu’à moi-même. Aucun être, d’ailleurs, n’a cure de mon humble personne.
— C’est vrai… Vous aussi, vous êtes une isolée dans cette lugubre farce de l’existence !
— Lugubre ?… Pas tout à fait, pour vous que le succès comble !… Vous êtes ingrat envers la destinée.
— Madame, fait-il ironiquement, est-il possible que vous, la femme lettrée, vous oubliiez vos classiques : « L’ambition déplaît quand elle est assouvie… J’ai souhaité l’« empire » et j’y suis parvenu… Mais en le souhaitant, je ne l’ai pas connu… », etc. Je vous affirme, croyez-moi sur parole, je vous prie, qu’il est amer, le triomphe que nul ne partage !… Autant que la solitude dans la foule.
— Vous êtes injuste envers votre père, dit-elle, douce à une détresse morale qu’elle sent sincère.
— Littérairement, en effet, mon père s’intéresse à mes pièces, quoiqu’elles soient souvent d’une forme et d’un esprit qui excitent sa critique… Mais, madame, vous êtes une tendre, j’en ai la certitude, quoique j’aie fort peu l’honneur de vous connaître, et je suis certain que vous comprendrez très bien ce que regrette une stupide sensibilité, toujours à vif chez moi. En vérité, sous mes dehors… rugueux, je suis une façon d’écorché.
Elle sourit.
— Malheureusement pour vous… et heureusement pour vos œuvres qui doivent, à cette pénible qualité, une vie dont la puissance est irrésistible…
Railleur, il murmure, tordant sa moustache :