Est-ce parce que je surprends une surprise, — charmée, il est vrai — dans les yeux qui posent sur moi un regard clair ? Ces yeux-là ne doivent jamais mentir.

— Madame, c’est sérieusement que vous parlez ?… Prenez garde, je vais dire « oui ».

— Mais je vous trouverais très impoli de dire « non ».

— Alors, bien vite, avec une infinie reconnaissance, je dis oui…

Et il se courbe, puis prend congé, car la sonnerie annonce la fin de l’entr’acte. Et Robert est demeuré invisible. Juste comme la loge se vide il surgit, nerveux et souriant, jette au hasard de rapides serrements de main, des réponses et des interrogations brèves, avide des impressions du public, après qu’il vient de recevoir celles des artistes.

Puis, tous disparaissent. Le rideau se relève. Il me murmure :

— Elle est en excellentes dispositions. Je pense que nous allons brillamment gagner la partie.

Et il ne s’est pas trompé. Elle est prodigieuse, la force d’envoûtement de sa musique ! Cette foule qui écoute vibre avec lui, comme lui, ainsi qu’il l’a voulu. Le torrent de l’harmonie emporte âmes et pensées dans son flot souverain. Demain, il y aura des critiques, des reprises, des attaques.

Mais, ce soir, le charme opère. Tous sont séduits et applaudissent furieusement.

Je me lève brisée, tant cette musique a résonné en moi qui en connaissais les plus fugitives modulations…