J’ai un peu la curiosité que mon visiteur s’explique ; et dans la rumeur des propos qui se croisent, j’insiste :

— … C’est-à-dire, monsieur ?…

— Mon Dieu, madame, est-ce parce que je reviens de très loin et ne suis pas au diapason ?… parce que je suis, en la matière, un profane ?… Mais cette musique se révèle à mon incompétence comparable à quelque forêt magique où je m’aventure ébloui, avec la conscience vague qu’elle doit être dangereuse.

— Dangereuse pour ?…

— Pour ceux qui l’écoutent, subjugués au point où je le suis. Elle est très capiteuse ! C’est incroyable ce qu’elle donne envie de faire ce que les gens vertueux appellent des sottises !

Ce monsieur est décidément perspicace ! Et amusée, j’interroge encore :

— Vous entendez pour la première fois la musique de mon mari ?

— Voici plusieurs années, madame, que je vis hors de France…

— Alors, je serais curieuse de connaître votre impression quand vous aurez entendu tout l’opéra ! Si vous ne craignez pas de prolonger votre soirée, après le théâtre, venez donc avec mon beau-frère et ma belle-sœur prendre chez moi une tasse de thé. En assez nombreuse compagnie, je vous préviens. Les soirs de première, mon salon est accueillant, non pas seulement pour les amis, mais pour les amis des amis…

Pourquoi ai-je dit cela ?… Ma phrase n’est pas achevée que cette invitation m’apparaît inexplicable et absurde. Pourtant, il en défile des passants, dans mon salon !…