Une seule famille française, qui « marque » très bien. Patriotiquement, je l’ai notée tout de suite avec satisfaction ; le père, sans doute, un homme d’une cinquantaine d’années qui a des yeux de penseur ; une femme assez jeune pour que j’hésite à la qualifier de mère ou de sœur, par rapport à la jeune fille qui ne la quitte guère. Entre elles deux, il y a une sorte de camaraderie charmante, nuancée de protection du côté de l’aînée, de déférence de la part de la jeune fille.

Ma table — dans la salle à manger, — n’est pas loin de la leur, et pour occuper la monotonie du repas, j’observe quand je ne lis pas. La jeune personne, d’ailleurs, m’a tout l’air d’en user discrètement de même à mon égard. Plusieurs fois, laissant de côté mon livre, j’ai surpris, arrêtés sur moi, de larges yeux d’un bleu violet, dont le regard limpide se détournait tout de suite, un peu confus, si joliment…

Depuis lors, sans avoir échangé une parole, nous sommes « en sympathie ». Cette créature très jeune, qui n’est de toute évidence, ni une futile petite fille, ni une demi-vierge, m’intéresse par tout ce que son visage révèle de vie intelligente, originale et profonde. Ce m’est un plaisir de suivre, sur les traits expressifs, le jeu vif de l’esprit. Elle a des yeux qui doivent toujours regarder la vérité en face, bravement, sans curiosités malsaines et pudeurs niaises, des yeux qui ne mentiraient pas… De même que les lèvres ne se prêteraient pas, j’en jurerais !… aux baisers qui déflorent.

Je suis sûre qu’en ce moment cette petite fille dort en paix. Que je l’envie !

26 juillet.

Une lettre de père. Un mot de Marinette bourré de « faits divers » et de tendres effusions, m’annonçant leur arrivée pour la fin de la semaine qui vient.

Des billets d’amis ou d’indifférents.

Rien d’autre.

27 juillet.

Hier, une haute silhouette masculine, une nuque très brune m’ont fait tressaillir si fort, que j’en suis demeurée stupéfaite. Est-ce donc que je pense voir venir l’ami auquel, résolument, je n’ai pas écrit ?…