Est-ce l’altitude, l’air trop vif ?… Que j’ai de peine à trouver le sommeil, si tard que j’aie veillé.

A Paris, pour distraire ma longue soirée, je ferais de la musique. Mais ici, dans ce logis qui appartient à tous, je reste silencieuse, bien entendu.

Alors, allongée dans mon rocking-chair, sous les plis moelleux de mon peignoir de laine blanche, je prends un livre… Et, au bout d’un instant, je m’aperçois que mes yeux lisent des lignes sans en pénétrer le sens ; ou même que le livre est tombé sur mes genoux… que je regarde dans la nuit pour y chercher… quoi ?… Rien d’utile, Viva.

Aussitôt, je ferme le livre, irritée contre moi-même ; je saisis mon buvard, et je me mets à griffonner des feuillets où je jette ma pensée toute vive.

Ainsi ai-je fait ce soir. J’entends, un à un, se taire tous les bruits de l’hôtel. Et onze heures venant de sonner, il n’arrive plus à mon oreille qu’un bruissement de feuilles, et le chant de l’eau, soulevée par une brise si fraîche que je frissonne quand son souffle m’enveloppe.

Peu à peu, elle me glace le cœur.

Pas assez profondément !

Sous cette glace, je sens vivre les désirs vains qui grondent dans leur prison, pareils aux princesses captives de la légende cherchant la lumière, en désespérées. Mais je suis sans pitié. Je ne veux pas les entendre. Seulement, c’est difficile dans cet écrasant silence de la nuit !…

Combien sont plus sages que moi, parmi ces étrangers — Russes, Allemands, Italiens… — au milieu desquels le hasard m’a conduite ?

Indifférente, je les regarde vivre, ne leur demandant rien d’autre que de me distraire un moment par la révélation de leur personnalité.