Quand Marinette arrivera dans une quinzaine, je rentrerai, bon gré mal gré, en mon personnage habituel.
J’espère qu’alors, la cure physique et morale que je m’impose aura triomphé de ma nervosité et de l’étrange lassitude qui peut-être en était tout simplement la cause. Ici, du moins, nulle conversation ne me vient fatiguer ou ennuyer. Je ne parle à personne, quoique, en cours de pérégrinations, mes curiosités de voyageuse me rendent très sociable.
Pas davantage, je ne pratique la correspondance. A peine, seulement, j’ai griffonné à père quelques lignes de bonne arrivée. Et je redoute le courrier, car j’ai peur de tout ce qui pourrait troubler la fragile quiétude où je veux m’engourdir, ainsi que dans un sommeil.
22 juillet.
C’est une lettre de mon époux qui, la première, est venue me joindre ici. Une lettre galamment troussée, ayant des allures de spirituelle chronique, où il me conte l’accueil très flatteur fait à la Danaïde, à son auteur et à l’interprète-étoile, dont le succès triomphal l’anime d’une joie orgueilleuse qui n’arrive point à se dissimuler.
Le tout, entremêlé de paroles d’intérêt quant à mes projets d’été ; et pour finir, la prière d’écrire de mes nouvelles à diverses adresses dont la liste m’est donnée.
J’ai rangé cette liste ; et, en personne bien élevée, j’enverrai à l’une ou l’autre destination quelques lignes de réponse. Peut-être, d’ailleurs, Robert ne pensera-t-il pas du tout à les y aller chercher ; et elles demeureront abandonnées en quelque poste restante. Il a tant d’autres choses en tête que la lointaine épouse laissée en France !
Je me demande quelle mine il doit faire, devant les succès, — non pas d’artiste, ceux-là, il en jouit !… — mais les succès de femme de Marcelle Huganne, lesquels me paraissent très vifs, si j’en juge d’après certains articles arrivés en même temps que la lettre, et, sans doute, envoyés par lui…
Ah ! la singulière mentalité que la sienne !
25 juillet.