28 juillet.

Ce matin, j’ai croisé dans un sentier que je grimpais à l’aventure la jeune fille française, qui est la plus charmante de mes compagnes d’hôtel.

Elle descendait et s’est arrêtée à ma vue, puis rangée dans la bordure moussue du chemin, pour me laisser passer. Sous une grande capeline de paille, toute habillée de blanc, elle était adorablement fraîche, la blouse de linon échancrée sur la nuque, les bras nus depuis le coude ; dans les mains, un livre, comme chaque matin je lui en vois emporter quand elle passe sous mes fenêtres.

Ah ! la jolie vision de jeunesse qu’elle réalisait ainsi, svelte sous la jupe étroite, la taille souple et libre ! Elle m’a saluée, souriant un peu. Est-ce l’expression de droiture fière qui est si frappante sur ce jeune visage, brusquement j’ai pensé à Meillane… C’est une femme telle que celle-ci qui devrait devenir la sienne. Quel beau couple, ils formeraient moralement. Et physiquement aussi !

Je sais son nom, Marie-Reine Derieux. Elle est la fille du savant biologiste auquel je vois, à Saint-Moritz, la gaîté et l’ardeur d’un écolier en vacances qui aurait des yeux de penseur pour observer… La mère aussi est une créature absolument supérieure, capable d’assister son mari dans ses travaux, et, en même temps, une femme du monde exquise. J’avais beaucoup entendu parler d’elle déjà, sans l’avoir jamais rencontrée.

Je ne m’étonne plus qu’entre ces deux êtres, élevés dans une atmosphère de pensée, cette petite Marie-Reine soit ce qu’elle est.

30 juillet.

Où vais-je ?…

Si forte, j’ai l’impression d’être une petite chose frêle qu’emporte un mystérieux torrent, le torrent de la vie…

Et je ne lutte pas… J’ai trop lutté, sans doute, jadis. Ma faculté de résistance est épuisée. Maintenant, je me laisse entraîner, passive, si détachée de tout rêve, espoir, désir même, que j’en arrive à observer curieusement, comme s’il s’agissait d’une autre, le jeu des circonstances qui influent sur ma destinée.