Malicieuse, je proteste :

— Oh ! ça ce n’est pas vrai !

— Vous savez bien que, toujours, je dis ce qui est vrai.

— Oui, vous avez raison… Alors vous regardiez la silhouette menue ?…

— Qui semblait avoir des ailes, de grandes ailes roses, dressées derrière elle, éperdument flottantes…

— Les pans de mon voile !… Ainsi, je ressemblais à un ange ?

— Un ange très terrestre, heureusement, madame ! Mais je ne pouvais m’imaginer ce bonheur que la jeune fille aux grandes ailes fût justement vous, vous l’amie très chère pour qui j’étais venu au fond de l’Engadine… Et puis, vous avez approché encore… Je vous ai reconnue, sans doute possible…

Il se tait brusquement et je ne réponds pas… Trop de choses nous sentons, qu’il ne faut pas dire !… Des secondes fuient…

Encore une fois, ma volonté fait un sage effort pour briser le charme dangereux. J’ébauche une question. Et nous parvenons à causer. Même, peu à peu, à très bien causer, comme des êtres sûrs l’un de l’autre, deux vrais amis que tout intéresse des jours où ils ont vécu séparés.

Trois semaines !… A nous entendre, on croirait plutôt trois années !… Jamais, à Paris, nous n’avons ainsi causé, avec cet abandon confiant qui m’est une nouveauté exquise que je savoure ardemment, après ma retraite de silence et de solitude. Ah ! quelle douceur, cette sollicitude dont il m’enveloppe !…