Il m’a suivie. Mais il se taisait comme moi qui avançais lentement, écrasée par une lassitude découragée. Je devais avoir le visage dur que me donne une souffrance que je ne veux pas avouer.

Nous avons ainsi fait quelques pas dans l’allée presque déserte, où nous croisions de rares promeneurs. Puis, tout à coup, dans une irrésistible soif d’atteindre sa pensée qui se dérobait, j’ai interrogé brusquement :

— Vous avez appris que, là-bas, mon mari s’est battu parce qu’un Yankee prétendait lui disputer sa maîtresse ?

— Oui, j’ai appris ce duel…

Son accent est bref. De nouveau, il se tait. Et c’est moi qui continue :

— Vous avez appris… Et vous me méprisez d’accueillir sans plus de colère la nouvelle injure qui m’est faite ?

Il ne répond pas aussitôt et je devine que, me sentant toute frémissante, il hésite sur les mots qu’il peut me dire.

Mais j’insiste. Cette barrière de silence entre nous m’est devenue intolérable.

— Vous ne me répondez pas ; pourquoi ?… Je veux savoir… Même si c’est du mal de moi que vous pensez !

— Penser du mal de vous, madame ? De quel droit me permettrais-je de blâmer ou d’approuver… quand j’ignore ?… Vous seule pouvez être juge de la conduite à tenir en cette circonstance.