J’entends ma voix prononcer presque bas :

— Ne craignez rien. Jamais je n’ai le vertige…

— Soit !… Mais vous me faites peur. Donnez-moi la main.

J’obéis sans tourner la tête vers lui. Loin devant moi, je regarde.

Je regarde, non pas seulement avec mes yeux, mais avec mon âme, avec tout ce qu’elle enferme de plus profond, tout ce qui frémit en elle d’amertume, de regret désespéré, de passion vaine…

— Oh ! vous pleurez !… Pourquoi, mon amour ?

« Mon amour »… Tout mon être tressaille. Mais je ne suis pas surprise. Je le savais bien que j’étais son amour…

Sans un mouvement, je laisse la brise emporter les larmes qui ont roulé sur mes joues.

— Cette beauté me fait mal ! Elle me donne, trop forte, la soif des bonheurs impossibles…

— Moi aussi, j’ai soif de bonheur… Mais… peut-être suis-je bien audacieux, le bonheur que je rêve ne me paraît pas impossible à atteindre…