— C’est-à-dire… douloureuse… sceptique… tendre… rieuse quelquefois… capricieuse souvent… et toujours attirante à donner le vertige aux plus solides ! Viva chérie, j’accepte les souvenirs, les meurtrissures, les empreintes que garde votre pauvre cœur… Viva, petite adorée, ayez confiance… J’essaierai de vous donner tant de bonheur que vous ne vous rappellerez plus le passé… Vous serez une Viva nouvelle, la mienne, ma Viva… Dites, vous voulez bien me permettre de tenter cela ?…

— Ah ! je ne sais plus ce que je veux, ce que je crains, ce qui doit être… Je ne sais plus qu’une chose. C’est qu’à moi, l’isolée, un cœur est venu qui ne me trahirait jamais, qui m’offre le repos, la chaleur, la lumière ; qui m’offre un trésor sans prix, l’amour rêvé jadis par ma jeunesse.

Et vaincue, — pour un jour, du moins, — je me laisse envelopper par le bras qui m’attire. Du mouvement qu’appelait ma faiblesse, j’appuie, apaisée, ma tête sur la virile épaule ; et mon regard se lève vers ce visage où les yeux me contemplent avec une passion grave et fervente. Il se penche ; dans ses prunelles, j’aperçois, à travers une brume humide, mon image toute petite…

— Viva adorée, donnez-moi ici le baiser de nos fiançailles…

Je tressaille… Voici des années que des lèvres n’ont touché les miennes. L’onde du souvenir monte en mon cœur et fuit… Un frisson secoue tout mon être… Mais je ne me défends pas… Et la caresse frôle mes paupières, mes joues, puis descend… Et les lèvres tendres, fermes, ardentes, se posent sur ma bouche, en un baiser profond, pareil à un sceau…

… Un bruit de voix tout à coup nous ramène à la notion du réel. Des promeneurs viennent. Nous nous écartons d’un élan si vif qu’aussitôt nous nous regardons en riant. Mon visage est brûlant ; mais lui est pâle, avec des prunelles où flambe une lueur.

Et je lui glisse, malicieuse :

— Vous aviez dit un baiser et…

— Et vous croyez qu’il y en a eu plusieurs ?

— Je n’ai pas compté…