— Non, pas plus vieux, car vous n’avez pas connu des années pareilles à celles que j’ai traversées… Elles comptent double, triple, celles-là ! Peut-être, oui, mon visage est jeune encore. Mais mon cœur ne l’est plus. Trop d’empreintes douloureuses l’ont marqué à vif.
— Mon amour, il faut m’accorder la joie de les effacer. Peu à peu, vous oublierez et vous guérirez… Et je vous le jure, j’arriverai à faire de vous une femme heureuse !
Une femme heureuse !… En cette minute, je le suis divinement… Mais pour combien de temps ! Un obscur instinct me clame sans pitié que ce bonheur inouï sera un éclair…
Et des mots me viennent, imposés par je ne sais quelle puissance supérieure à ma volonté qui s’élance vers le bonheur réapparu…
— Restez mon ami… Aimez-moi beaucoup… très fort… toujours. Mais n’amenez pas dans votre vie la créature désabusée que je suis. Ce n’est pas une femme comme moi qu’il vous faut, mais une jeune fille, une vraie jeune fille…
Je m’arrête. Lointain, dans mon souvenir, a passé le visage de cette exquise Marie-Reine dont la jeunesse m’a frôlée un instant.
Puis, la vision s’efface, car la voix chère me répond :
— Viva, aucune jeune fille ne pourrait être ce que vous êtes pour moi. Ne le sentez-vous pas, ma bien-aimée ?… Je vous veux telle que je vous ai connue.
— C’est-à-dire… comment ?…
Il sourit et m’attire doucement, ma main toujours serrée dans la sienne :