Quelle femme serai-je après cette épreuve ?
Aurai-je la force de recommencer ma vie, avec un cœur nouveau, oubliant l’amoureuse que je fus jadis pour un autre qui m’a laissé la terreur et le dégoût de l’amour ?…
Oh ! le triste don que je vous accorderai, mon ami, en me confiant à vous, toute meurtrie du mal que l’autre m’a fait !
Que j’ai peur de moi !… Que j’ai peur pour vous !
Là-bas, quand vous serez bien loin, soustrait à l’enchantement par votre nouvelle existence, si vous alliez regretter votre généreuse folie ?
Oui, folie !… Oui, généreuse, oh ! combien !… Ne protestez pas, mon chéri. Car ce n’est pas l’égoïste recherche de votre plaisir qui vous a rendu… ce que vous avez été pour moi, depuis qu’une volonté inconnue nous a rapprochés.
Telle je suis, c’est vrai, je vous ai plu. Mais vous n’avez pas imité tous ceux qui rôdaient autour de mon isolement… Votre promesse d’être seulement « mon ami », vous l’avez bien tenue ! Plus qu’à vous-même, vous avez pensé à moi, ayant pitié de la détresse de mon cœur que vous aviez devinée et essayiez de consoler…
Et pour un homme épris comme, peu à peu, vous le deveniez, c’était très difficile ce rôle que vous acceptiez, justement parce que votre amie vous était très chère — plus que vous-même.
O mon bien-aimé, comment vous remercierai-je assez d’une telle preuve de votre tendresse ! Vous ne soupçonnez pas à quel point je suis fière que vous soyez ainsi. Grâce à vous, je sais maintenant combien il est délicieux d’estimer autant qu’on aime. C’est une joie que je ne connaissais pas !
Mais qu’ai-je à vous offrir pour tout ce que je reçois de vous ? Mon cœur, mes caresses — et mon cruel passé de femme.