Des secondes, des minutes, que sais-je ? ont coulé tandis que, obstinément, je considérais ma chair dévoilée, cherchant à en découvrir le secret. Comme la vie y circulait, ardente ! Mes doigts la trouvaient tiède, toute parfumée dans la dentelle ; comme jadis, aux heures où des lèvres gourmandes la brûlaient de caresses…
Alors… quoi ?
Le claquement sec de mon store, battu par la brise, m’a fait relever la tête.
Dans la glace, je me suis aperçue avec un visage de cire, des lèvres graves, de grands yeux de créature épouvantée. Et j’ai eu l’impression d’avoir entrevu un abîme.
A Paris, immédiatement, j’aurais recouru à mon docteur, afin d’avoir une explication… Ici, je ne puis qu’attendre mon très prochain retour en France, et écrire à quelque spécialiste sûr, pour demander un rendez-vous.
Devant cette évidence, je me suis raidie contre mon affolement, bien résolue à en garder le secret.
30 août.
Donc, je n’ai rien dit à Marinette qui s’agiterait de ma révélation, sans m’apporter aucune assistance, physique ou morale. Et puisque je ne peux rien savoir avant quelques jours, j’emploie toute ma volonté à oublier l’inquiétude qui s’est attachée à moi, rude comme un cilice.
Peut-être, après tout, n’ai-je rien qui justifie mon anxiété ? Que de fois, j’ai entendu raconter des histoires analogues à la mienne ; des diagnostics faux de médecins, des erreurs de femmes désemparées qui, pour un bobo, se croyaient perdues !
31 août.