Et avec quelle mélancolie je regretterai cette musique des sons qui me furent doux…

Ah ! que je supporte donc mal les départs !

Petit pays, perché comme une aire au creux de vos montagnes, par combien de fibres je vous demeurerai attachée !… Cela me fait grand’peine de vous dire adieu…

Oh ! oui, partir, c’est mourir un peu…

2 septembre.

Le train file. Une course vertigineuse d’express. Paris, maintenant, est bien proche… Et je m’aperçois que je ne voudrais pas encore arriver !… J’ai peur de ce que je vais y trouver… Peur de la révélation qui m’attend peut-être. Peur — l’aurais-je jamais cru ? — peur de le revoir, mon ami chéri. Si lui, si moi, nous allions être autres… Si l’enchantement n’était plus…

Alors, pour me dérober à trop de questions inquiètes, je me suis mise à écrire, lasse de la nuit passée sans parvenir à sombrer dans la bienfaisante mort du sommeil. Pourtant, bien résolue à dormir, je m’étais allongée sur ma couchette ; ayant pu être seule dans ma cellule de voyageuse, ma femme de chambre installée dans un compartiment voisin.

Mais, en vain, je suis demeurée immobile ainsi qu’une enfant très sage, m’appliquant à ne pas penser ni à écouter le bruit du train trépidant. Le repos n’est pas venu. J’ai dû subir ce silence de la nuit où l’esprit acquiert une terrible clairvoyance.

Enfin l’aube s’est montrée ! Mes yeux qui songeaient, larges ouverts, l’ont vue apparaître ; laiteuse tout d’abord, puis grise sous la brume de chaleur que le soleil ne pouvait vaincre.

Alors, les fantômes ont reculé. Mais ils m’avaient brisée. Passive, j’ai regardé fuir les villages où la vie se réveillait ; où dans les chemins, déserts encore, marchait parfois, toute menue, la silhouette d’un travailleur matinal. Sous les arbres jaunissants, des cours d’eau paisibles luisaient. Dans les prairies, des vaches paissaient déjà, leurs têtes lourdes relevées un instant au bruyant éclair du train. Par la vitre abaissée, je sentais venir sur mon visage un souffle tiède, un peu humide, qui soulevait mes cheveux ; et quand je renversais à demi la tête je ne voyais plus que l’infini gris de ce ciel de septembre, doucement mélancolique.